Film TV - Françoise Sagan
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France 2 propose, en deux parties, Mardi 30 septembre et Mercredi 1er octobre à 20h50, une version longue du film, Sagan, réalisé par Diane Kurys. Plus vraie que nature, Sylvie Testud crève l’écran dans le rôle de l’écrivain.
Françoise Sagan est à la littérature ce que Jean-Luc Godard et François Truffaut sont au cinéma français : l’image d’une France avant-gardiste et moderne. Son premier roman, Bonjour tristesse, défraie la chronique et un grand vent de nouveauté souffle sur le genre littéraire. Un phénomène qui dépasse largement les frontières de l’Hexagone, les Etats-Unis acclament la nouvelle petite Frenchie qui choque les bourgeois.
Une vie tous azimuts
Un destin exceptionnel et fascinant qui donne à Diane Kurys l’envie de transposer la vie de l’écrivain à l’écran. Et le choix de la réalisatrice se pose naturellement sur Sylvie Testud. La comédienne qui n’a encore jamais joué pour la télévision accepte immédiatement ce rôle même s’il l’effraie un peu, "j’étais flattée de me voir proposer le rôle mais j’avais peur aussi : la peur d’amoindrir le personnage". Des réticences largement balayées : son interprétation est telle qu’on oublie l’actrice pour ne voir que l’écrivain. Une prestation et une ressemblance si saisissantes qu’elles ont occasionné des troubles lors de sa rencontre avec Denis Westhoff, le fils de Françoise Sagan, "ma ressemblance avec sa mère l’a beaucoup ébranlé, je ne m’attendais pas à cette réaction, ça m’a fait culpabiliser".
Le téléfilm, en deux parties, retrace les périodes clés de la vie de Sagan, de la gamine de 18 ans, gâtée, charmeuse et insouciante à une femme ravagée mais sans regrets. Sylvie Testud donne corps à ce personnage hors du commun, "elle ne s’est jamais économisée, elle a vécu comme elle l’entendait". Cette vision de la vie, l’actrice la fait sienne en s’investissant aussi intensément dans ce rôle. Chaque étape de la vie de l’écrivain est un challenge qui se situe au-delà du physique, "sa façon de parler était particulière et je ne pouvais pas l’imiter, le public n’aurait pas compris. J’ai accidenté mon débit, je l’ai rendu brouillon tout en restant compréhensible".
Le charmant petit monstre
C’est ainsi que François Mauriac la qualifie, à la une du Figaro, lorsqu’elle reçoit le prix des critiques pour son premier roman. Phrase prophétique ? Car le charmant petit monstre va incarner la quintessence de la liberté, en s’affranchissant des codes, en ne s’imposant aucune limite, au détriment de ses proches et de ses amis. Certains lui reprocheront cet excès de liberté qui fait son charme mais qui est aussi perçu comme de l’égoïsme. Lorsqu’elle apprend que Jacques Chazot, interprété par Pierre Palmade, est soigné par un ami et non par elle, elle lui en fait le reproche. Mais ce dernier lui fait remarquer, délicatement, qu’elle n’est pas aussi présente qu’elle le prétend… Une scène émouvante qui en dit long sur la perception qu’elle a d’elle-même. Et c’est tout le paradoxe de Sagan, une femme entière, qui s’abandonne totalement pour abandonner aussitôt.
La drogue, l’alcool achèvent de la rendre plus "libre", plus insaisissable. Diane Kurys ne fait pas l’impasse sur cette longue période noire mais ne l’édulcore en aucun cas. Car Françoise Sagan ne s’en cache pas et la presse non plus : la brigade des stups à son domicile, les fêtes à Honfleur où la drogue dispute la première place au champagne. Elle fait fi de ce que l’on peut penser d’elle, elle fait perdurer le mythe et même affaiblie, mourante, elle a toujours du ressort et l’esprit vif.
Mona Guir (France 2)
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